Guy Reid sculpture limewood

Claude LEGE Texte

Pierres polies pour le jardin de Guy Reid

Guy Reid a installé son atelier à Benque en Comminges, patrie d’adoption du sculpteur, loin des effervescences londoniennes, pays profond qui lui convient. Guy Reid travaille seul.

L’ascèse quotidienne de la taille, le rythme qu’il ne faut pas rompre, la sculpture c’est du travail, exclut le nomadisme ; homme de routine ou de rituel comme beaucoup d’artistes Guy Reid quitte rarement l’atelier. Le bois tilleul, si les bois etles anges ont un sexe, est à la fois Hermès et Aphrodite, il possède des qualités éprouvées et antagonistes ; il est souple et dur, sans contre-fil.

C’est la matière première de son œuvre, ancrée dans la figuration et forte d’une maitrise sans faille

qui lui permet d’explorer tous les registres plastiques et les problématiques de la sculpture contemporaine.

Des portraits peints, modèles réduits où il excelle, virtuosité technique au service d’une vision implacable d’entomologiste ; l’iconographie chrétienne mise à nu, vierge à l’enfant et Christ en croix à la forte odeur de fagot ;installations in situ, scénographies sophistiquées, mise en espace de reliefs étranges, jeux de raccourcis optiques, Tout situerait Guy Reid, si on allait vite, dans un courant contemporain de la sculpture, et dans le cadre esthétique des hyperréalistes de Segal, Duane Hanson à Ron Muek ; mais il faut y regarder de plus près.

 

L’image photographique précisément, à l’origine de ce courant contemporain, a fasciné plus d’un artiste ; Guy Reid est de ceux-là. Outil pour certains, aboutissement pour d’autres, la question est toujours béante mais n’éclaire pas le spectateur, accablé d’effets, d’artifices, de réalités virtuelles ou augmentées. Il faudrait être très naïf pour croire qu’une œuvre n’est rien d’autre que le résultat plus ou moins convaincant de la ressemblance d’un objet à un modèle, en deux ou trois dimensions, conforme en l’occurrence à la matrice photographique, réalité absolue, étalon éternel à l’aune duquel se mesure son degré de validité. Syndrome de Zeuxis, soumission au visible, à l’effet de réel, àl’apparence qui pourraient combler les visiteurs du Musée Grévin ou de celui de Mme Tussaud, comme les scanners 3D les amateurs de sculpture.             

Si on ne prend pas la proie pour l’ombre et que l’on distingue l’émotion et  la sensation, alors il se peut qu’apparaisse, mais ce n’est pas une statue, une poésie visuelle qui s’écoute avec les yeux sans autres raisons qu’elle-même, un jeu de volumes complexe ; une construction de l’esprit qui saute aux yeux quand elle fait défaut.  Et puis il faut se frotter à l’espace qui révèle ou anéantit. Chemin faisant, à main d’homme ; taillerdes traces, des sentiers, creuser des grottes, on peut se perdre.Il y a des paysages immenses qui vont d’une oreille à un nez.Sculpter demande une attention totale, une présence au monde qui submerge les limites d’un atelier ; un temps suspendu où s’abîment les mots, les idées et concepts. 

Ce silence intérieur n’est pas obtenu par la grâce. 

Ainsi tout éloigne Guy Reid de ces œuvres bavardes, issuespour beaucoup d’entreprises et d’usines à sculptures. Ce mode de produire n’est pas nouveau ; chacun fera la part des choses. Le travail de Guy Reid est le fruit d’un silence qui s’accommode mal de la moindre délégation du pouvoir de sculpter. Chaque œuvre en ce qu’elle porte d’unique ne servira dans aucune autre, la présence ne se duplique pas. Cette manière qui s’inscrit dans la plus haute traditionsculpturale n’a pas besoin d’être nouvelle ; Guy Reid ne fait pas du nouveau, il se renouvelle,avec originalité, dans la continuité d’une tradition.


Un manifeste inaugural

Le Musée-Forum de l’Aurignacien poursuivant sa politique dynamique d’ouverture aux artistes, accueille Guy Reid qui présente un ensemble de 6 pièces de différents formats. Unmanifeste qui résume ses recherches antérieures et dévoile au public son exploration actuelle des problématiques de la couleur et du volume. Ce n’est pas une mince affaire ! On sait le pouvoir des couleurs dès lors qu’on les tient non plus comme une qualité de la matière mais comme phénomèneslumineux.

Parmi les artistes qui ont affronté cette question difficile, quelques noms viennent à l’esprit ; Fernand Léger, Frank Stella, Alexandre Calder et beaucoup d’autres mais ici on devine que le défi est grand, couleur et figure doiventcoexister, pas côte à côte mais ensemble, de sorte que l’une, sans détruire l’autre, laisse la sculpture comme taillée dans la couleur dans une non-dualité ; je pense à Matisse et ses papiers découpés. On comprend dès lors que pour un tel projet,  la lumière, semblable à celle dont jouent les peintres,aura un rôle majeur dans les expositions futures ainsi que dans les scénographies.

 

Les œuvres nouvelles délivrées du carcan photographique étonnent ; la couleur d’abord n’a plus rien de naturaliste. Elle s’est détachée du sujet. Voiles monochromes éteints qui exaltent le dessin ou aplats implosifs hautement saturés,proches des laques chinoises et de Coromandel qui confèrent aux volumes, aux reliefs, la profondeur dense et légère des chitines ; les thématiques inspirées par la préhistoire mais aussi, il semble, par l’iconographie des figurines en résine époxy des super héros de Marvell ou des productions industrielles de jouets à diffusion planétaire que l’artiste se réapproprie. L’ensemble respire une saine et robuste santé  où l’humour toujours présent n’exclut ni la pensée ni la transcendance.                      

 

White skull  bird

Le crâne d’un volatile géant dont on ne connait plus l’espèce,est d’un blanc rare, presque abstrait ; construit comme autour des vides, son dessin aigüe et fragile court sur arêtes et oves baignées par une lumière immanente où il se dissout. Robert Ryman l’aurait aimé.

 

Red bull

Un crâne d’auroch ou d’une bête à corne, paré d’un rouge cérémoniel vestige de rites inavouables ou de celui d’un Ford pick-up des années 50, casque d’un samouraï il tient l’espace entre ses cornes. 

I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles d’Arthur Rimbaud.

 

Green man ’Homo Erectus’ que l’on peut prendre au sens littéral, bandé de tous ses muscles, est laqué d’un vert stannifère semblable peut-être à celui que sécrètent les pachydermes en période rut. Hulk ithyphalle, aveugle et tonitruant, le mâle dans sa pleine bestialité, bras grands ouverts comme deux pinces, ruisselant de testostérone qui n’a pas d’odeur comme les phéromones mais que l’on perçoit,paraît-il.


Bear skull and arrow

L’occiput d’une bête ancienne un ours qui n’existe plusrepose sur deux dents carnassières. Il est fiché d’un trait qui n’est pas qu’une flèche mais le bout d’un cimier, jaune diagonale du vide.

Il est d’un violet de calandre, rouge dedans. On pourrait le porter sur la tête où s’en servir,

comme un jouet ; un contraste, simultané.

Man lifting himself

Un homme bleu céruléen (d’un bleu de ciel bleu que les enfants peignent quand ils croient que le ciel est bleu), c’est certainement un chef-d’œuvre qui ravirait Spencer Tunick, estnu comme à sa naissance. Cet homme qui n’est plus un jeune(on peut s’élever à tous âges), non plus un ange de Gormley,je ne parlerai pas d’Yves Klein, est bras étendus sur le ventre, Il est « suspendu par le sol », cela n’a rien de musculaire ; ne pesant rien, il flotte au-dessus d’un socle,  libéré de la pesanteur. Où va cet homme-ange aptère ? Au ciel de la Chapelle Scrovegni à Padoue !


Girl with iPhone

Vierge noire en réduction, d’un noir immaculé. Isis, Marie?De celles qu’on a chez soi ou que l’on croise ? On la verrait dans une châsse, c’est presque une image sacrée, habillée d’un noir de basalte, Eve nouvelle tient dans la main  une planchette en bois pascuane, une argile à cunéiformes, peut-être un silex taillé ? C’est un téléphone portable ! Elle parleavec l’au-delà (dans la limite du forfait !).

Il faut la voir dans la pénombre comme le préconisait Rothko pour certaines de ses toiles.


Le taille donc est une ascèse, une ivresse, un mantra ; par enlèvements successifs , mesurés et définitifs,  la sculpture sort de sa gangue : pas de repentis, elle est le produit de ce qu’on lui a ôté , un tas de copeaux , d’épannelages polis par le tranchant rasoir des Pfeil, qu’on brûle comme des peaux mortes ; maitrise et abandon d’un travail silencieux, humble,monacal, infiniment précieux aujourd’hui.

Et cette œuvre qui est hors du temps n’est pas de l’ordre du faire.

Ce qui est montré est invisible.

Guy Reid est sculpteur.


Pierres polies pour le jardin de Guy Reid


Guy Reid a installé son atelier à Benque en Comminges, patrie d’adoption du sculpteur, loin des effervescences londoniennes, pays profond qui lui convient. Guy Reid travaille seul.

L’ascèse quotidienne de la taille, le rythme qu’il ne faut pas rompre, la sculpture c’est du travail, exclut le nomadisme ; homme de routine ou de rituel comme beaucoup d’artistes Guy Reid quitte rarement l’atelier. Le bois tilleul, si les bois etles anges ont un sexe, est à la fois Hermès et Aphrodite, il possède des qualités éprouvées et antagonistes ; il est souple et dur, sans contre-fil.

C’est la matière première de son œuvre, ancrée dans la figuration et forte d’une maitrise sans faille

qui lui permet d’explorer tous les registres plastiques et les problématiques de la sculpture contemporaine.

Des portraits peints, modèles réduits où il excelle, virtuosité technique au service d’une vision implacable d’entomologiste ; l’iconographie chrétienne mise à nu, vierge à l’enfant et Christ en croix à la forte odeur de fagot ;installations in situ, scénographies sophistiquées, mise en espace de reliefs étranges, jeux de raccourcis optiques, Tout situerait Guy Reid, si on allait vite, dans un courant contemporain de la sculpture, et dans le cadre esthétique des hyperréalistes de Segal, Duane Hanson à Ron Muek ; mais il faut y regarder de plus près.

 

L’image photographique précisément, à l’origine de ce courant contemporain, a fasciné plus d’un artiste ; Guy Reid est de ceux-là. Outil pour certains, aboutissement pour d’autres, la question est toujours béante mais n’éclaire pas le spectateur, accablé d’effets, d’artifices, de réalités virtuelles ou augmentées. Il faudrait être très naïf pour croire qu’une œuvre n’est rien d’autre que le résultat plus ou moins convaincant de la ressemblance d’un objet à un modèle, en deux ou trois dimensions, conforme en l’occurrence à la matrice photographique, réalité absolue, étalon éternel à l’aune duquel se mesure son degré de validité. Syndrome de Zeuxis, soumission au visible, à l’effet de réel, àl’apparence qui pourraient combler les visiteurs du Musée Grévin ou de celui de Mme Tussaud, comme les scanners 3D les amateurs de sculpture.       

      

Si on ne prend pas la proie pour l’ombre et que l’on distingue l’émotion et  la sensation, alors il se peut qu’apparaisse, mais ce n’est pas une statue, une poésie visuelle qui s’écoute avec les yeux sans autres raisons qu’elle-même, un jeu de volumes complexe ; une construction de l’esprit qui saute aux yeux quand elle fait défaut.  Et puis il faut se frotter à l’espace qui révèle ou anéantit. Chemin faisant, à main d’homme ; taillerdes traces, des sentiers, creuser des grottes, on peut se perdre.Il y a des paysages immenses qui vont d’une oreille à un nez.Sculpter demande une attention totale, une présence au monde qui submerge les limites d’un atelier ; un temps suspendu où s’abîment les mots, les idées et concepts. 

Ce silence intérieur n’est pas obtenu par la grâce. 


Ainsi tout éloigne Guy Reid de ces œuvres bavardes, issuespour beaucoup d’entreprises et d’usines à sculptures. Ce mode de produire n’est pas nouveau ; chacun fera la part des choses. Le travail de Guy Reid est le fruit d’un silence qui s’accommode mal de la moindre délégation du pouvoir de sculpter. Chaque œuvre en ce qu’elle porte d’unique ne servira dans aucune autre, la présence ne se duplique pas. Cette manière qui s’inscrit dans la plus haute traditionsculpturale n’a pas besoin d’être nouvelle ; Guy Reid ne fait pas du nouveau, il se renouvelle,avec originalité, dans la continuité d’une tradition.

 

 Un manifeste inaugural


Le Musée-Forum de l’Aurignacien poursuivant sa politique dynamique d’ouverture aux artistes, accueille Guy Reid qui présente un ensemble de 6 pièces de différents formats. Unmanifeste qui résume ses recherches antérieures et dévoile au public son exploration actuelle des problématiques de la couleur et du volume. Ce n’est pas une mince affaire ! On sait le pouvoir des couleurs dès lors qu’on les tient non plus comme une qualité de la matière mais comme phénomèneslumineux.

Parmi les artistes qui ont affronté cette question difficile, quelques noms viennent à l’esprit ; Fernand Léger, Frank Stella, Alexandre Calder et beaucoup d’autres mais ici on devine que le défi est grand, couleur et figure doiventcoexister, pas côte à côte mais ensemble, de sorte que l’une, sans détruire l’autre, laisse la sculpture comme taillée dans la couleur dans une non-dualité ; je pense à Matisse et ses papiers découpés. On comprend dès lors que pour un tel projet,  la lumière, semblable à celle dont jouent les peintres,aura un rôle majeur dans les expositions futures ainsi que dans les scénographies.

 

Les œuvres nouvelles délivrées du carcan photographique étonnent ; la couleur d’abord n’a plus rien de naturaliste. Elle s’est détachée du sujet. Voiles monochromes éteints qui exaltent le dessin ou aplats implosifs hautement saturés,proches des laques chinoises et de Coromandel qui confèrent aux volumes, aux reliefs, la profondeur dense et légère des chitines ; les thématiques inspirées par la préhistoire mais aussi, il semble, par l’iconographie des figurines en résine époxy des super héros de Marvell ou des productions industrielles de jouets à diffusion planétaire que l’artiste se réapproprie. L’ensemble respire une saine et robuste santé  où l’humour toujours présent n’exclut ni la pensée ni la transcendance.                      

 

White skull  bird

Le crâne d’un volatile géant dont on ne connait plus l’espèce,est d’un blanc rare, presque abstrait ; construit comme autour des vides, son dessin aigüe et fragile court sur arêtes et oves baignées par une lumière immanente où il se dissout. Robert Ryman l’aurait aimé.

 

Red bull

Un crâne d’auroch ou d’une bête à corne, paré d’un rouge cérémoniel vestige de rites inavouables ou de celui d’un Ford pick-up des années 50, casque d’un samouraï il tient l’espace entre ses cornes. 

I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles d’Arthur Rimbaud.

 

Green man ’Homo Erectus que l’on peut prendre au sens littéral, bandé de tous ses muscles, est laqué d’un vert stannifère semblable peut-être à celui que sécrètent les pachydermes en période rut. Hulk ithyphalle, aveugle et tonitruant, le mâle dans sa pleine bestialité, bras grands ouverts comme deux pinces, ruisselant de testostérone qui n’a pas d’odeur comme les phéromones mais que l’on perçoit,paraît-il.


Bear skull and arrow

L’occiput d’une bête ancienne un ours qui n’existe plusrepose sur deux dents carnassières. Il est fiché d’un trait qui n’est pas qu’une flèche mais le bout d’un cimier, jaune diagonale du vide.

Il est d’un violet de calandre, rouge dedans. On pourrait le porter sur la tête où s’en servir,

comme un jouet ; un contraste, simultané.

Man lifting himself

Un homme bleu céruléen (d’un bleu de ciel bleu que les enfants peignent quand ils croient que le ciel est bleu), c’est certainement un chef-d’œuvre qui ravirait Spencer Tunick, estnu comme à sa naissance. Cet homme qui n’est plus un jeune(on peut s’élever à tous âges), non plus un ange de Gormley,je ne parlerai pas d’Yves Klein, est bras étendus sur le ventre, Il est « suspendu par le sol », cela n’a rien de musculaire ; ne pesant rien, il flotte au-dessus d’un socle,  libéré de la pesanteur. Où va cet homme-ange aptère ? Au ciel de la Chapelle Scrovegni à Padoue !

 

Girl with iPhone

Vierge noire en réduction, d’un noir immaculé. Isis, Marie?De celles qu’on a chez soi ou que l’on croise ? On la verrait dans une châsse, c’est presque une image sacrée, habillée d’un noir de basalte, Eve nouvelle tient dans la main  une planchette en bois pascuane, une argile à cunéiformes, peut-être un silex taillé ? C’est un téléphone portable ! Elle parleavec l’au-delà (dans la limite du forfait !).

Il faut la voir dans la pénombre comme le préconisait Rothko pour certaines de ses toiles.


Le taille donc est une ascèse, une ivresse, un mantra ; par enlèvements successifs , mesurés et définitifs,  la sculpture sort de sa gangue : pas de repentis, elle est le produit de ce qu’on lui a ôté , un tas de copeaux , d’épannelages polis par le tranchant rasoir des Pfeil, qu’on brûle comme des peaux mortes ; maitrise et abandon d’un travail silencieux, humble,monacal, infiniment précieux aujourd’hui.

Et cette œuvre qui est hors du temps n’est pas de l’ordre du faire.

Ce qui est montré est invisible.

Guy Reid est sculpteur.